Intentionnellement non-intitulée, les œuvres de Florimond Dufoor dans lesquelles les insectes -sujets figuratifs ou objets réels incorporés dans la matérialité de la toile- occupent une place prépondérante…

« Parfois, quand je suis dans mon atelier, des insectes viennent se piéger dans l’huile de la toile sur laquelle je travaille. Ce sont ces «rencontres» –fruit du plus pur hasard– qui m’ont permis de me rendre compte de leurs fascinantes complexité et beauté, tant au niveau des formes que des couleurs.»

Dans l’approche de Florimond face à son sujet, nulle trace de morbidité mais, au contraire, une démarche admirative et respectueuse qui se situe aux antipodes de toute pensée malsaine.
L’artiste se révèle être principalement guidé par le hasard et la curiosité tous azimuts, deux caractéristiques fondamentales qui le mènent sur le chemin aléatoire et passionnant de l’exploration de nouveaux possibles. Une précision qui permet également de tempérer l’ambiguïté de sa déclaration lorsqu’elle tend à inscrire de manière trop frontale la causalité entre cette rencontre fortuite et le sujet d’un travail entamé par le coloriste il y a maintenant plus de deux ans. Une prospection marquée par l’envie manifeste de Florimond de renouer avec le dessin quelque peu délaissé au cours de ses précédentes recherches et qui, ici, retrouve une place primordiale. La traduction picturale de ce désir devient évidente sur ses toiles : la masse et le trait cohabitent, se confrontent, s’harmonisent de manière jouissive pour imprimer une sensation de profondeur. Une profondeur encore accentuée par l’inclusion d’épaisses couches de résine transparente (encore une rencontre accidentelle) dans laquelle le trait et la couleur viennent s’emprisonner et véritablement flotter avec toute la grâce que seul «le» geste intuitif peut délivrer.

Une matière riche, des couleurs déchaînées et un geste spontané – érigé en principe fondateur– qui créent un espace puissamment dense. Une peinture qui reflète admirablement la relation passionnée entre un artiste et tous les moyens qu’il met lui-même à sa disposition pour exalter ses cinq sens. A mille lieues des concepts abscons et hermétiques aux diktats d’une obligatoire catégorisation, les huiles qui seront présentées «transpirent» une liberté et un optimisme qui leur confèrent une beauté… très humaine, en définitive.

Et les insectes dans tout cela ?… Mais qui a donc parlé d’insectes ? Et en réalité, quelle importance ?

Christophe Erhat