5ème défi
On a pour habitude d’opposer la peinture figurative et la peinture abstraite.
Traditionnellement, la frontière objective entre le figuratif et l’abstrait est ainsi tracée:
La peinture figurative cherche à représenter, plus ou moins rigoureusement, le réel.
La peinture abstraite quant à elle ne se préoccupe plus des objets, des sujets du réel. Un tableau abstrait ne représente rien. Seuls comptent les formes, les gestes et les couleurs, pour eux-mêmes.
Kandinsky à qui on attribue la paternité du courant abstrait, expliquait vouloir abandonner les apparences externes afin de mettre l’accent sur la fonction émotionnelle de la peinture. Les couleurs et les formes se doivent de communiquer des vérités cachées derrière des apparences trompeuses.
La cuisine moléculaire procède de la même volonté que celle qui anime les peintres abstraits : le goût retrouve une fonction purement émotionnelle parce qu’il est dégagé de la représentation habituelle des aliments.
Ainsi on redécouvre le goût d’une tomate, pas exemple, parce que celle-ci est servie sous forme de gelée, de mousse ou encore d’émulsion, en manière telle que nos yeux ne la reconnaissent pas.
Pour ma part, l’art (qu’il soit pictural ou culinaire) ne peut être envisagée comme purement figuratif ou purement abstrait. Cette frontière objective est en réalité variable selon les individus. C’est la façon dont on regarde une œuvre qui fait la différence, de la même manière que certains en regardant les nuages décèlent des formes et d’autres n’y voient que les nuages…. Tout est question d’imaginaire et de sensibilité.
Je propose que nous en fassions la démonstration.
J’ai réalisé une peinture qui peut, à priori, être qualifiée d’abstraite
L’exercice consiste d’abord pour toi à découvrir ce qu’évoque pour le chef que tu es cette peinture( quels pourraient être les ingrédients), tout comme le petit garçon qui observe les nuages y reconnaît des objets, des animaux, des personnages,…
Il s’agit, ensuite, de créer, au départ de ce que représente pour toi ma peinture, un plat qui ne soit visuellement pas reconnaissable (autrement dit qui soit abstrait par la forme des ingrédients) qui une fois en bouche deviendrait nommable et donc figuratif…
Grâce aux goûts, tu devrais ainsi pouvoir rendre visible, figurative ma peinture qui ne l’est à priori pas.
Voici le résultat
ce défi n’était pas très facile car tu m’as demandé de déstructurer les aliments.
Il n’y en a qu’un seul que j’ai voulu garder entier (pour le repère de celui qui doit manger) c’est le faisan. Cependant, il a été cuit à basse température, pour garder tout son jus. Pour le reste, chaque ingrédient à changé de forme.(en gelée, en purée, grosse « frite » et herbes hachées et coulis) afin de les rendre « non figuratifs » comme tu me l’as demandé. Une fois en bouche, nous retrouvons les saveurs de chaque ingrédient et donc nous pouvons les identifier. En faisant le parallèle avec le visuel de ta peinture, celle ci devient figurative
Voici la recette :
Filet de faisan cuit à basse température, purée de chlorophylle
Pomme de terre en deux façons
Gelée de pomme et jus d’airelles
Cuire le faisan dans un four à 70°C, après l’avoir coloré au beurre, jusqu’à 61°C à cœur.
Blanchir dans une eau fortement salée des épinards, du persil et du cerfeuil. Mixer au thermomix 30 sec vitesse 10.
Cuire des pommes golden entières, avec la peau, au four à 180°c. Passer ensuite au thermomix et récupérer ½ kg de purée. Coller avec 25 g de gélatine végétale, porter à 90°C et ensuite couler en plaque. Détailler en rectangles.
Cuire les airelles avec un peu de sucre et le jus d’1 orange. Mixer fortement et passer au chinois fin.
Cuire des pommes de terre à l’eau, mixer, ajouter un peu d’huile d’olive, de la crème et de l’eau de cuisson des pommes de terre. Mettre en siphon avec 2 cartouches de gaz.
Détailler une pomme de terre en gros rectangle, blanchir 30 secondes et ensuite cuire dans une poêle à l’huile d’olive. Terminer avec des herbes hachées (thym, sarriette et romarin)
Pour la sauce, infuser 1 fève tonka dans du fond de gibier. Ajouter 1 c.à c. de miel et quelques gouttes de vinaigre. Réduire et passer au chinois.
Dresser


Hello Florimond,
Pas facile ce défi… Arriver à ne plus garder en tête une image colorée des ingrédients, mais uniquement leurs goûts sous forme de couleurs n’est pas chose aisée !
Ca n’en reste que c’est assez amusant… et je serais curieux que tu communiques sur deux choses:
- La réaction de celui qui goûtera, les yeux bandés le résultat en terme de couleurs qui lui viendraient à l’esprit
- La possibilité et la réussite de marier des ingrédients qu’inspirent ces couleurs… en d’autres termes, un mariage heureux de couleurs est-il transposable en mariage heureux de saveurs ?
Très très chouette ce projet !